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à Port-au-Prince, des milliers d’habitants piégés par la guerre des gangs



Cité Soleil, le plus important des bidonvilles de la capitale haïtienne, a été cette semaine le théâtre de violents combats opposant des groupes armés membres de deux gangs locaux, l’un connu sous le nom de G-9 Family and Allies, l’autre – en fait, une coalition de gangs récemment formée – sous celui de “G-pèp-la”, rapporte le Miami Herald :

“Le siège sanglant a commencé lorsque le puissant gang G-9 a attaqué au milieu de la nuit [du 8 juillet] le quartier de Brooklyn, fief du G-pèp-la.”

“Ils se battent encore”, explique au Miami Herald Joël Janéus, le maire par intérim de Cité Soleil, soulignant que la situation est “urgente” pour les habitants du bidonville privés d’eau et de nourriture depuis plusieurs jours.

Au moins 99 morts et 135 blessés

“Les affrontements continuent, le bilan des victimes augmente”, confirme Le Nouvelliste, qui relaie les chiffres diffusés le 15 juillet par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU. Selon ce bilan provisoire, les combats auraient fait au moins 99 morts et 135 blessés. On déplore en outre 20 disparus, “de nombreux cas de viol et plus d’une centaine de maisons détruites et incendiées”.

“L’accès à la commune de Cité Soleil est extrêmement difficile, poursuit le quotidien de Port-au-Prince. Le ravitaillement en eau potable et en nourriture est à l’arrêt depuis le début du week-end [des 9 et 10 juillet] et les commerces et marchés sont fermés. La volatilité de la situation rend extrêmement difficile et dangereux l’accès aux quartiers où les combats se déroulent ainsi que l’évacuation des blessés vers les hôpitaux.”

Mumuza Muhindo, chef de la mission de Médecins sans frontières (MSF) à Haïti, témoigne dans The Guardian :

“Le long de la seule route menant à Brooklyn, nous avons rencontré des cadavres en décomposition ou brûlés. Il peut s’agir de personnes tuées lors des affrontements ou de victimes qui ont été abattues alors qu’elles tentaient de fuir. La zone ressemble à un véritable champ de bataille.”

Trois membres de MSF installés dans le quartier de Brooklyn soignent les blessés au sein d’une clinique privée qui est “le seul établissement de santé encore en activité dans l’enclave”, précise le site Haïti libre. MSF tente par ailleurs d’évacuer les habitants “ayant des besoins médicaux critiques” à Brooklyn, tandis que de nombreux autres habitants demandent de l’aide pour quitter la zone.

“Nous sommes complètement seuls !”

“Depuis mon enfance j’habite Cité Soleil, mais ça n’a jamais été aussi violent, explique un résident qui demande à rester anonyme par crainte de représailles. Si quelqu’un tente de partir, il peut être battu ou tué. Les gens ne peuvent pas aller se ravitailler. Nous n’avons pas de police, pas d’ambulances. Nous sommes complètement seuls.”

La pénurie d’essence qui sévit actuellement à Haïti n’a fait qu’attiser le climat de violence et la crise politique déclenchés par l’assassinat, en juillet 2021, du président Jovenel Moïse. “Dans tout le pays, des stations-service ont fermé et un terminal portuaire majeur est à l’arrêt à cause des violences. Or de nombreux Haïtiens ont besoin d’essence pour faire marcher les générateurs qui alimentent en électricité leur domicile et leur entreprise en raison du manque d’infrastructures électriques”, explique The Guardian.

Timide résolution du Conseil de sécurité de l’ONU

Vendredi 15 juillet, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l’unanimité la prolongation pour un an de la mission sur place des 42 conseillers en matière de police et d’administration pénitentiaire du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh). Sur le plan politique, la résolution a réitéré la nécessité pour toutes les parties prenantes haïtiennes de parvenir à un “accord urgent” pour permettre l’organisation d’élections législatives et présidentielle “dès que les conditions de sécurité le permettront”. Mais les membres du Conseil n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour fournir au pays une assistance supplémentaire en la matière, regrette le Miami Herald.

Concernant la lutte contre l’insécurité, la résolution, rédigée par les États-Unis et le Mexique, se contente de demander aux États membres d’interdire la vente d’armes légères et de munitions à des acteurs “soutenant la violence des gangs, les activités criminelles ou les violations des droits de l’homme en Haïti”.



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