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Après deux ans de télétravail à grande échelle, faut-il plus ou moins de bureaux ?


C’était il y a deux ans quasiment jour pour jour. Le 11 mai 2020, prenait fin le premier confinement lié au coronavirus. En deux mois, les Français qui travaillent dans un bureau ont été contraints de télétravailler, avec plus ou moins de difficultés. Depuis, les salariés continuent, ou pas, de travailler de chez eux, deux jours ou plus par semaine. Les professionnels, eux, s’interrogent : faut-il plus ou moins de bureaux ? et où les implanter ?

Pour y voir plus clair, l’affiliation des directeurs immobiliers (ADI), qui regroupe 400 directeurs et responsables immobiliers des entreprises publiques et privées pour un patrimoine complete de 350 thousands and thousands de mètres carrés (1/3 du parc complete, Ndlr), a commandé, en novembre 2021, à EY une enquête auprès de 256 directeur généraux, directeurs financiers, directeurs des ressources humaines et directeurs immobiliers.

Grand Paris: l’immobilier de bureau n’a pas dit son dernier mot

La montée en puissance du télétravail change la donne

Après avoir chuté de 10% en 2020, le nombre de localisations tertiaires a rebondi de 26% en 2021, relève ainsi EY, qui recense 1.386 implantations ou extensions de sièges, de centres de recherche et développement (R&D) ou d’agences commerciales. Il n’empêche : la grande majorité (74%) des acteurs interrogés estiment que la montée en puissance du télétravail va bouleverser leurs décisions.

« A un horizon de 3 ans, les collaborateurs devraient passer 2,8 jours dans leurs locaux et 2,2 en dehors (télétravail, rendez-vous à l’extérieur…) », déclare ainsi à La Tribune Frédéric Goupil de Bouillé, vice-président de l’Association des directeurs immobiliers. « Le bureau n’est plus le lieu où se concentrent toutes les tâches. Avec la numérisation, vous pouvez écrire à distance vos articles, les envoyer et les corriger », ajoute-t-il.

Un cadre juridique « trop rigide »

Sauf que de plus en plus d’entreprises veulent faire revenir leurs équipes sur place. Aussi EY relève que la fonction même du bureau doit être repensée en se recentrant sur des enjeux de sociabilité et de collaboration. « Les réunions phygitales, c’est invivable », s’exclame le vice-président de l’ADI. Il ne croit pas si bien dire : qui n’a jamais peiné, côté bureau ou côté télétravail, à écouter ou interagir avec l’un de ses collègues ?

Le cupboard de consultants estime par ailleurs que le cadre juridique de l’immobilier tertiaire doit évoluer. Le bail ferme 3, 6 et 9 ans apparaît « trop rigide » aux yeux des dirigeants interrogés. 41% du panel affirme ainsi que la recherche accrue de flexibilité des baux et des modes d’occupation va bouleverser leurs choix de sédentarisation. 51% d’entre eux disent même que leurs surfaces pourraient se réduire jusqu’à 30% dans les trois prochaines années.

La capacité des nouveaux venus à travailler à distance

Le constat étant posé : EY a demandé aux dirigeants leurs priorités dans le choix des implantations. Au premier chef, 58% des sondés évoquent leur capacité à recruter et à fidéliser leurs skills, mais, aussi et surtout, la capacité des nouveaux venus à travailler à distance. Cet essor du travail à distance et du travail versatile (flex workplace) incite en outre les entreprises à optimiser leurs surfaces, le critère du coût étant plus que jamais décisif.

« Le contrat social a changé : avant la pandémie, nous avions besoin d’un poste par personne ; maintenant, nos salariés ont besoin d’un espace pour travailler, d’un autre pour téléphoner et d’un autre pour faire une réunion. Quand ils viennent au bureau, ils doivent pouvoir se réfugier dans des lieux isolés », explique Frédéric Goupil de Bouillé.

« Les industriels de l’immobilier – consultants, constructeurs, promoteurs… – doivent nous mettre à disposition des espaces bien faits et plus flexibles », poursuit le vice-président de l’affiliation des directeurs immobiliers.

La lutte contre le dérèglement climatique

Autre critère prioritaire: la lute contre le dérèglement climatique. L’envolée des prix de l’énergie invite les instructions immobilières à intégrer des objectifs environnementaux dans leur choix, tout comme les collaborateurs deviennent de plus en plus exigeants vis-à-vis de leurs entreprises.

En réalité, ces dernières n’ont plus le choix. Entré en vigueur le 1er janvier 2022, le décret tertiaire contraint tous les propriétaires bailleurs et occupants de surfaces de plus de 1.000 mètres carrés à réduire leurs consommations d’énergie sur la base de celles de 2010 : -40% en 2030, -50% en 2040 et -60% en 2050. Le bâtiment représente en effet 25% des émissions de gaz à effet de serre en France.

Une nouvelle répartition géographique

Dernier critère et non des moindres : la répartition géographique des bureaux de demain. Si les implantations en Ile-de-France ont fait « preuve de résilience malgré des conditions contrastées au sein de ses principaux territoires », les métropoles régionales « continuent de gagner du terrain mais leur attractivité doit s’adapter à ces nouveaux enjeux », écrit EY.

Autrement dit, après des années à construire des bureaux d’un côté et des logements de l’autre, les collectivités territoriales vont devoir arrêter de distinguer les zones d’activité commerciale (ZAC) et les cités-dortoirs de l’autre. Ce n’est d’ailleurs pas seulement un impératif économique, mais une nécessité écologique. En dehors du Grand Paris, les déplacements travail-domicile restent très carbonés automotive ils se font encore massivement en voiture individuelle, faute d’options en transports en commun propres.