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Ariane 6, chronique d’un retard caché et enfin annoncé


Le nouveau retard d’Ariane 6 n’est pas une surprise. Depuis plusieurs mois, ceux qui sont au plus près du programme (ESA, CNES, ArianeGroup et Arianespace ainsi que les fournisseurs et les États) savaient que le calendrier n’était pas tenable pour un premier vol en 2022. Pourtant, tous répétaient à l’envi que ce premier vol aurait lieu cette année. La seule incertitude était donc de savoir qui allait annoncer ce retard et quand. C’est donc le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA) Josef Aschbacher, qui au détour d’une interview accordée le 13 juin à la BBC, a reconnu sans pourtant avoir y été invité, que le futur lanceur européen n’effectuerait son premier vol qu’en 2023. Un nouveau calendrier sera communiqué le 13 juillet, explique-t-on à l’ESA. “Nous devons passer par un certain nombre de tests importants pour avoir suffisamment confiance” dans notre nouveau calendrier, précise-t-on.

C’est donc le deuxième report du premier vol d’Ariane, qui était initialement programmé en 2020. A l’époque, la pandémie du Covid-19 avait naturellement été la coupable désignée. La ficelle était  grosse… mais plus c’est gros, plus ça passe. Pour un lanceur, qui devait être développé rapidement en reprenant des concepts plus ou moins éprouvés, comme le vantaient en 2014 Airbus et Safran, c’est raté dans les grandes largeurs. Un retard qui arrive au pire moment avec l’arrêt de Soyuz à Kourou et à Baïkonour (11 lancements à recaser) en raison de l’invasion russe en Ukraine, la fin programmée d’Ariane 5 (plus que cinq lancements) et les incertitudes du premier vol de Vega C. “Les clients font vraiment la queue au comptoir d’Arianespace”, constate-t-on au sein de l’ESA. Notamment Amazon et les clients institutionnels.

Pourquoi ce nouveau retard

Ce nouveau report est lié à des retards sur le programme d’essais. “Nous progressons bien mais il reste encore des étapes à franchir”, selon l’ESA. Les tests à feu de l’étage supérieur du lanceur, dont le moteur est réallumable, prévus à Lampoldshausen (Allemagne), ont notamment connu des “difficultés”. “Nous sommes maintenant sur la dernière ligne droite avant ces tests”, assure-t-on. Les deux étages du lanceur, arrivés à Kourou, en Guyane, s’apprêtent en outre à commencer les essais combinés avec le pas de tir, autre étape clé du processus de qualification du système. “Nous avons encore des sujets techniques brûlants et ces sujets techniques brûlants doivent être surmontés”, fait-on observer au sein de l’Agence spatiale.