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Dassault, Mazzella, Forgeard… l’incubateur The Family inquiète ses riches financeurs



Depuis fin mars, l’incubateur TheFamily fait l’objet d’une querelle de famille retentissante. Les dirigeants fondateurs Nicolas Colin et Alice Zagury ont annoncé qu’ils portaient plainte pour “abus de confiance, faux et usage de faux” contre le troisième dirigeant fondateur, Oussama Ammar. Ils accusent leur associé d’avoir détourné 3 hundreds of thousands d’euros qui devaient être investis dans les start-up américaines Stripe, AirBnb et SpaceX, through des SPV (particular objective car). Des investisseurs prestigieux étaient actionnaires de ces SPV, comme raconté dans le premier volet de notre enquête disponible ici.

Si les soupçons de détournement sont limités à une dizaine de SPV, le scandale rejaillit sur tout l’écosystème The Family. A commencer par l’incubateur lui-même, qui réunit à son capital des investisseurs prestigieux: la famille Arnault, Noël Forgeard (ancien patron d’EADS), Alexandre Mulliez (petit-fils du fondateur d’Auchan), Adrien Dassault (petit-fils de Serge Dassault), Frédéric Mazzella et Francis Nappez (fondateurs de Blablacar), Nadra Moussalem (patron pour l’Europe du fonds Colony Capital), Fany Pechiodat (co-fondatrice de MyLittleParis)… Et aussi des fonds comme Rocket Internet, Idinvest, Index Ventures, White Star Capital…

Créé en 2013, cet incubateur a accompagné 120 start-ups, les plus célèbres étant Heetch, PayFit, Algolia, Doctrine, Captain Train… Les jeunes pousses l’ont rémunéré en lui octroyant des actions gratuites. The Family s’est donc ainsi retrouvé avec un portefeuille de participations plus ou moins prometteuses. Dans un e-mail aux investisseurs, Nicolas Colin a chiffré à 54 hundreds of thousands d’euros la valeur nette de ce portefeuille. Dans un submit, Alice Zagury a comparé cette valeur aux fonds levés par l’incubateur : 20 hundreds of thousands d’euros. Autrement dit, un euro investi rapporterait aujourd’hui plus de 2,7 fois sa mise… Ceux qui ont mis de l’argent dans l’incubateur n’auraient donc pas de quoi s’inquiéter.

Mais, quand on soulève le capot et qu’on y regarde de plus près, il n’en est rien. Selon les informations de Capital, cette valorisation permettra à peine aux investisseurs de retrouver leur mise. En effet, l’essentiel de la culbute ira d’abord dans les poches des salariés, et d’un investisseur prioritaire, le fonds LGT Capital Partners. Ils disposent de droits prioritaires sur les produits de la revente des 120 start-ups en portefeuille.

LGT a investi 10 hundreds of thousands d’euros en 2018. A cette event, ce fonds appartenant à la famille princière du Lichtenstein s’est vu accorder la garantie de retrouver au moins deux fois sa mise, soit 20 hundreds of thousands d’euros. Pour Frédéric Montagnon, qui a investi dans l’incubateur 25.000 euros en 2016, “accorder une telle garantie, dans le cadre d’un investissement dans un fonds, n’est pas du tout dans les pratiques du marché. Ces conditions avantageuses accordées à LGT dépouillent clairement les investisseurs historiques. Mais The Family n’a pas proposé aux autres investisseurs d’en bénéficier eux aussi”.

Mais ce n’est pas tout. Les salariés ont aussi droit à une fee élevée de 50% sur les plus values de cession, ce qu’on appelle le “carried interest” dans le jargon du secteur, qui est usuellement de 20%.

Au final, si l’on soustrait l’argent réservé en priorité aux salariés et au fonds LGT, il restera aux investisseurs à peine plus que leur mise. Précisément, sur les 54 millions de valeur actuelle du portefeuille, LGT prélèvera 20 millions d’euros. Il reste donc 34 millions d’euros, sur lesquels les salariés prendront 68%. Les investisseurs n’auront donc plus que 10 millions d’euros à se partager (c’est-à-dire 4,75 euros par action), soit autant que leur mise.

Toutefois, il ne s’agit que d’une moyenne, car les investisseurs sont rentrés sur des valorisations très différentes. Ceux de la première heure – comme Alexandre Mulliez – ont obtenu leurs actions pour une bouchée de pain, et sont assurés d’une plus value. En revanche, la plupart – comme Adrien Dassault ou la famille Arnault – ont payé leurs actions très cher, et perdraient donc une partie de leur mise avec la valeur actuelle du portefeuille (cf détails ci dessous). Interrogé, The Family souligne que la valorisation de 54 millions d’euros doit être prise avec des pincettes (cf leurs réponses ci-dessous).

Toutefois, plusieurs investisseurs, tel Frédéric Montagnon, trouvent depuis longtemps cette famille dysfonctionnelle, et ont créé dès 2020 un web site internet pour relever plusieurs signaux inquiétants. Ils y déplorent que la construction britannique The Family Holdings ne tienne pas d’assemblée générale des actionnaires.

Les contestataires ajoutent que le fonds a cumulé 20 hundreds of thousands d’euros de pertes à fin 2018, through ses deux constructions, la française The Family Paris et la britannique The Family Holdings (6 hundreds of thousands d’euros supplémentaires de pertes se sont ajoutées en 2019).

Cet argent a notamment servi à payer les quatre dirigeants, Oussama Ammar, Nicolas Colin, Balthazar de Lavergne et Alice Zagury, qui avaient chacun droit à 240.000 euros par an versés à leurs holdings personnelles.

Les trois premiers ont installé ces holdings personnelles à Hong Kong. La marque The Family a même été déposée en 2013 par la holding hongkongaise d’Oussama Ammar. Ce dernier s’est lui-même domicilié à Londres puis à Dubaï. De son côté, Nicolas Colin est devenu résident fiscal en Grande-Bretagne puis en Allemagne. D’autres cadres (Mathias Pastor, Hugo Amsellem, Younès Rharbaoui, Erika Batista) ont installé leurs holdings personnelles en Estonie, d’autres encore (Serge Alleyne) au Luxembourg.

Mais ce n’est pas tout. La construction française The Family Paris n’est pas exemplaire non plus. En septembre 2018, les commissaires aux comptes Scorex et Patrick Massoutre ont formulé une réserve sur les comptes 2017, déplorant n’avoir pu mettre en oeuvre les procédures nécessaires pour formuler leur opinion. Puis, en janvier 2019, ils ont démissionné, deux ans avant la fin de leur mandat. Enfin, leurs successeurs ont aussi formulé la même réserve sur les comptes 2018, limitée aux fournisseurs et aux achats. Hasard ou coïncidence, The Family Paris n’a pas publié le rapport des commissaires aux comptes pour les exercices 2017, 2019 et 2020 et a refusé de nous les communiquer.

Pour Frédéric Montagnon, “les règles les plus élémentaires de structuration et de bonne gestion n’ont jamais été respectées. Il n’y a jamais eu non plus de directeur financier suffisamment expérimenté pour accompagner un projet aussi large, pas d’audit interne, et encore moins d’auditeur externe mandaté pour contrôler l’ensemble des activités. Ni convocation aux assemblées générales, ni rapport d’activité digne de ce nom. Bref, il y a une absence totale de transparence et de structuration, ce qui rend possible pas mal de dérives”.

Frédéric Montagnon conclut: “finalement, Oussama Ammar n’a fait qu’appliquer ce qu’il professe dans ses vidéos. Il a toujours tenu un discours très agressif vis-à-vis des investisseurs, disant qu’il fallait leur prendre de l’argent sans être trop regardant sur les moyens. Mais le plus gênant est que les discours d’Oussama Ammar considèrent que l’argent est toujours le plus important, le seul critère du succès d’une start-up. C’est une vision égoïste et court-termiste qui ne permet pas de faire croître une entreprise. Il est regrettable que ce discours toxique reste suivi – voire vénéré – par autant de jeunes désireux de lancer leur start-up”.

Retrouvez le premier épisode de notre enquête ici

Un actionnariat complexe

  • Le portefeuille de start-ups était détenu à l’origine par la société française The Family Paris, puis a été transféré en 2014 vers la société britannique The Family Holdings, et enfin en 2018 vers une autre société britannique, The Family Fellowship.
  • Aujourd’hui, The Family Fellowship est détenu à 25% par LGT, 37,5% par les salariés et 37,5% par The Family Holdings, qui elle-même est détenue à 15% par LGT, 31% par les dirigeants fondateurs et 54% par les autres investisseurs. Une fois prélevée la half de LGT, les salariés ont donc droit à la moitié de ce qui reste au niveau de The Family Fellowship, plus 36,5% de ce qui reste au niveau de The Family Holdings.
  • En mai 2021, Nicolas Colin avait annoncé rechercher un acquéreur pour une partie du capital de The Family Holdings, afin de permettre aux actionnaires de l’incubateur de pouvoir monétiser leur investissement.

Les réponses de The Family

Concernant le carried curiosity de 50%, un mémo envoyé aux investisseurs en décembre 2020 indiquait:

C’est une règle d’or dans le monde de l’investissement tech que ceux qui investissent dans des start-ups et les soutiennent doivent être récompensés par une partie des bénéfices. Pour les capitaux-risqueurs traditionnels, ce carried curiosity est de 20%. Pour The Family, nous avons décidé en 2014 qu’il serait de 50% du produit de cession du portefeuille. Pourquoi 50%? Parce que nous construisons et développons le portefeuille plus avec notre travail qu’avec du capital, et notre carried curiosity doit refléter cela.

Sur les autres factors, le porte parole de TheFamily nous a fait parvenir les réponses suivantes:

Essayer de valoriser les actions de The Family Holdings aujourd’hui est un exercice particulièrement délicat. Valoriser un portefeuille de enterprise avant la maturité des sociétés concernées est compliqué pour deux raisons. D’une half, il s’agit de sociétés très « early stage » qui demandent entre 10 et 12 ans pour arriver à maturité contre 5 à 6 ans dans des fonds plus classiques. D’autre half, l’absence totale de liquidité des actions concernées nécessite l’utility d’une décote lorsque des transactions sont demandées. La valorisation fournie par The Family (valeur nette comptable ou valeur du dernier spherical) n’est donc qu’indicative. Par ailleurs, le groupe des « salariés/ex salariés » de The Family qui détient la moitié du portefeuille est constitué de plus de 80 personnes, et la half des trois fondateurs ne représente que 20% de ce section. Enfin, près de la moitié des actionnaires individuels de The Family Holdings ont également investi dans les SPV levés et déployés par The Family. Cet accès « privilégié » à des opportunités rares a souvent été un motif d’investissement dans des actions The Family Holdings et a pu générer des plus-values potentielles importantes through les SPVs. A combien évaluez-vous cet accès exclusif à des opportunités d’investissement difficiles d’accès ?

Nous avons échangé avec la grande majorité de nos actionnaires, ils nous ont apporté leur soutien dans cette période difficile. Ils sont conscients des efforts importants réalisés depuis 2020 et se comportent comme des actionnaires responsables. La plupart sont des entrepreneurs eux-mêmes et savent bien que les hauts et les bas font partie du métier. En revanche, une poignée d’actionnaires extremely minoritaires (moins de 1% du capital), préfère continuer à tirer sur l’entreprise pour des raisons qu’il faudra éclaircir un jour. Rappelons le travail fourni par The Family depuis 2 ans : Des rapports mensuels ou trimestriels ont été envoyés aux actionnaires de The Family Holdings à partir de 2019 avec un niveau de détails comparable aux rapports de sociétés cotées. Un rendez-vous en ligne a été organisé en décembre 2020 (l’équivalent d’une assemblée générale). Aucune query n’a été posée par les membres de ce groupe minoritaire. Un administrateur indépendant, Jean-Jacques Augier, a été nommé en octobre 2021. Il attend toujours l’appel de ces actionnaires mécontents. Quant au directeur financier, après quelques recrutements inadaptés, un CFO de qualité, Younes Rharbaoui, a été nommé en février 2020 et fait depuis un travail remarquable. Il est aussi l’un des quatre administrateurs de The Family Holdings. Les comptes de The Family Holdings et The Family Fellowship sont audités depuis 2018 par BDO.

La tenue d’assemblées générales n’est pas imposée par la loi aux sociétés commerciales en Angleterre et au Pays de Galles, et les statuts ne prévoient pas de motif de tenue d’assemblées générales.

Alice Zagury, Oussama Ammar, Nicolas Colin et Balthazar de Lavergne ont chacun signé en mai 2018 un contrat de prestation de providers stratégiques, par l’intermédiaire de leur holding personnelle, qui donne droit au paiement de 240.000 euros par an en numéraire contre présentation de factures (il s’agit donc de l’équivalent d’un montant “super brut”, pas d’un salaire brut ou web). Les montants effectivement payés à Alice Zagury, Nicolas Colin et Balthazar de Lavergne depuis mai 2018 représentent environ 40 % de cette somme (encore une fois, il s’agit d’un montant “super brut”). Les montants non payés (environ 60 % des droits ouverts) ont été inscrits en compte courants (il s’agit d’une créance sur la société puisque cette rémunération est contractuelle). La rémunération d’Oussama Ammar, telle que décaissée par les directeurs financiers de l’époque, a été plus proche de 100 % de ses droits et fait l’objet de vérifications à travers les audits déjà évoqués.

S’agissant de The Family Paris, nous nous sommes séparés du cupboard comptable à trigger d’une mauvaise qualité de travail fin 2019. Les difficultés d’accomplissement de la mission, liées à la mauvaise qualité du travail du cupboard comptable ont conduit Scorex à démissionner

Nous réfléchissons depuis longtemps à une opération secondaire au capital de The Family (Holdings), notamment pour les investisseurs qui nous ont soutenus au tout début et souhaitent légitimement de la liquidité. Malheureusement, le contexte des deux-trois dernières années, entre pandémie, inflexion radicale de notre modèle d’affaires (d’une activité opérationnelle à une easy activité de participations) et malversations soupçonnées de notre ancien associé, nous a empêché de concrétiser un tel projet. L’idée n’est cependant pas abandonnée. Le level d’aboutissement de la section actuelle est nécessairement une restructuration d’ampleur qui pourra s’accompagner d’opportunités de sortie pour les plus pressés. Pour que ça puisse se faire, il faut sortir de la passe actuelle dans la meilleure place potential, et la majorité de nos actionnaires le comprennent

Les principales levées de fonds de TheFamily

(en gras: levées sur une valorisation inférieure à 4,75 euros/4,1 livres qui générerait actuellement une plus worth)

2014

  • Prix par motion : 3,66 £. Investisseurs : Olivier Roland (4.249 £), Frédéric Montagnon (25.514 £), Alexandre Mulliez (8.502 £), Rumeur Publique (21.261 £)
  • Prix par motion: 6,1 £. Investisseurs: Frédéric Mazzella (8.503 £), Wagram (Noël Forgeard, 21.259 £), Cedar Trust (holding luxembourgeoise de Nadra Moussalem, 59.530 £)

2016

  • Prix par motion : 1,68 £. Investisseurs : Index Ventures (117.752 £)
  • Prix par motion : 3,33 £. Investisseurs : IDInvest (78.688 £), White Star Capital (78.608 £)
  • Prix par motion: 6,04 £. Investisseurs: Wagram (Noël Forgeard, 75.548 £)
  • Prix par motion: 7,25 £. Investisseurs: Adrien Dassault (18.125 £), Alderville (holding luxembourgeoise de Thibault Poutrel, 49.996 £), Francis Nappez (14.500 £), Mellow Rosebud (Fany Pechiodat, 43.500 £)
  • Prix par motion : 8,6 £. Investisseurs : Rocket Internet et Global Founders Capital (860.000 £)

2017

  • Prix par motion: 8,65 £. Investisseurs: Aglaé Ventures (famille Arnault, 216.258 £)
  • Prix par motion: 8,77 £. Investisseurs: Cedar Trust (holding luxembourgeoise de Nadra Moussalem, 233 545 £)

2018

  • Prix par motion: 10 £. Investisseurs: Olivier Roland (8 340 £)

Les résultats de The Family Paris (en hundreds of thousands d’euros)

Source: comptes sociaux. Graphe: Flourish



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