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ENTRETIEN. “Nous avons été les premiers à dénoncer ces fraudes”, clame le président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine


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Entretien avec Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, qui réagit à l’information selon laquelles plusieurs pharmacies auraient profité de la crise sanitaire pour détourner plus de 50 millions d’euros, via une fraude liée aux tests anti-Covid.

Ces fraudes aux tests antigéniques ont été dénoncées à l’Assurance maladie par les pharmaciens eux-mêmes, à travers leurs syndicats. Comment vous en êtes-vous aperçu ?

Notre syndicat, l’USPO, a en effet été la première organisation à dénoncer ces fraudes, après avoir été alerté sur des problèmes multiples que constataient nos adhérents ou patients, et notamment lors de l’installation des barnums, à l’extérieur des officines. Au tout début, la profession avait en effet demandé à pouvoir installer ces barnums afin de permettre un accueil dédié pour les dépistages Covid, ce qui permettait de prioriser et de faire face à l’affluence. Dans les grandes villes, notamment, les pharmacies n’ont pas les moyens de s’étendre, de louer d’autres locaux. Certaines d’entre elles ont saisi cette opportunité pour installer leur barnum à 4 ou 5 kilomètres de l’officine, voire en installer plusieurs. Nous avons donc dénoncé ces « barnums sauvages » qui leur permettaient de multiplier leur chiffre d’affaires sur les dépistages.

Et concernant les tests facturés mais jamais livrés ?

De fil en aiguille, nous nous sommes rendu compte que certaines structures de professionnels de santé recevaient des mails leur proposant directement des tests en grande quantité. La formulation était le plus souvent « Vous en avez besoin, appelez-nous ! » Cela nous a fortement étonnés car nous, pharmaciens, passons par des grossistes et les procédures sont encadrées. Nous avons donc creusé et nous nous sommes aperçus que derrière ces propositions il y avait des pharmaciens indélicats. Nous avons constaté des fraudes grossières avec la délivrance dans des quantités hors normes de tests à des professionnels de santé – jusqu’à 7 000 soit environ 400 boîtes, ce qui était hors de proportion avec la réalité de la patientèle et de la pandémie. Se posait donc la question de la facturation de ces tests qui n’avaient pas été faits. Il y a plusieurs mois de cela, nous avons donc avisé avec d’autres syndicats l’Assurance maladie et le ministère de la Santé. Mais il faut ensuite prendre en compte le temps de l’enquête et le fait que la Caisse nationale de l’Assurance maladie fasse ses requêtes.

Allez-vous vous porter partie civile contre les fraudeurs ?

Non. Nous n’entamerons pas de démarche au pénal car il existe par ailleurs d’autres niveaux de sanctions concernant la profession. Les fraudeurs devront ainsi passer devant la commission paritaire de l’Assurance maladie où siègent les syndicats représentatifs des pharmaciens. Devant cette instance, ils encourent le déconventionnement et des sanctions financières, a minima de remboursements des sommes indûment perçues. Mais ils passeront aussi devant la justice ordinale, le Conseil de l’ordre des pharmaciens, pour le volet disciplinaire, et ils peuvent risquer jusqu’à la radiation définitive.



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