Business

Inga Sempé, cantique de la quincaille


Objets vivants bien identifiés. C’est ainsi que pourraient être qualifiées les créations éclectiques de la designer Inga Sempé, comme en témoigne la page d’accueil de son site ingasempe.fr. Une vitrine qui reflète son univers et permet de l’embrasser en un seul regard. La présentation par défaut de son catalogue très fourni est aléatoire. Si bien que l’on se croirait face à un vaste étal – virtuel – d’un marché aux Puces. Un type de lieu qu’elle adore: “Il présente des objets non étiquetés ni classés dont on ignore qui les a dessinés et parfois même à quoi ils servent. J’y observe les phénomènes de mode et démode, la résurgence des choses: ce qui n’avait aucune valeur en reprend, ça donne de l’espoir!

Cet esprit curieux et critique, au franc-parler et à l’humour pince-sans-rire, se passionne aussi pour les quincailleries, qu’elle visite en voyage: “On en trouve en Italie. Dernièrement, c’est en Suède que j’en ai découvert une qui m’a fascinée, car j’aime les mécaniques, les rouages, le côté technique. Elle vendait des verrous, des charnières de fenêtres et des petites poignées de porte, alors que les habitants sont en général très grands! Ce que l’on croit être la norme ne l’est pas forcément dans un autre pays…” Autant d’exemples qui rappellent que son intérêt porté au design vient des objets qui nous entourent: “Je les fréquente depuis toujours, tous les jours, et j’y consacre mon travail.

Vapeurs (2012). Les luminaires imaginés pour la société parisienne Moustache jouent sur les volumes, plis et filtres.

Vapeurs (2012). Les luminaires imaginés pour la société parisienne Moustache jouent sur les volumes, plis et filtres. (SP)

Celui-ci, au-delà d’un premier aperçu en pêle-mêle, peut être classé, sur le site Web, par éditeur, année ou typologie: les lampes y sont les plus nombreuses. Figurent, par ailleurs, dans ce joyeux inventaire, interrupteurs, poignées de porte, gril en fonte, médaille du Marathon de Paris 2018 ou encore égouttoir à pasta pour Alessi. La vocation pour les objets du quotidien remonte à sa jeunesse, quand elle fréquentait les Puces de la porte de Vanves, à la limite sud de Paris: Inga Sempé y allait avec sa mère, Mette Ivers, peintre et illustratrice d’origine danoise qui fut l’épouse du dessinateur Jean-Jacques Sempé, père d’Inga et du Petit Nicolas.

Dans la partie “Liens” de son site Internet, la designer indique d’abord celui de sa mère. Puis démontre tout son sens pratique en renvoyant vers: Leboncoin, Voyages SNCF et… une calculatrice scientifique. Preuve que l’ancienne pensionnaire de la Villa Médicis à Rome ne met pas sa discipline sur un piédestal, refusant de la confiner au luxe et à l’élitisme: “Le design médiatisé en France, c’est celui des objets posés dans un salon, de manière caricaturale. Alors qu’un porte-torchon, c’est intéressant.” Elle collabore davantage avec des marques originaires d’Italie et de Scandinavie, “des pays qui ont la culture d’un design accessible et contemporain“. Et qui correspondent à sa propre définition du design: “Concevoir un objet ou un mobilier qui puisse exister économiquement, donc qui ait un bon fonctionnement et un prix compétitif sans être bâclé, ni moche. Il faut l’adapter à un outil de production pour le fabriquer de manière industrielle ou artisanale. Voilà toute la difficulté: optimiser la production de choses ayant un usage et éventuellement une esthétique.



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.