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Jérémie Lippmann, un metteur en scène de haute voltige


C’est dans un baudelairien mouvement d’ “élévation” que nous retrouvons Jérémie Lippmann à La Mascotte, café-brasserie à l’ancienne de Montmartre. L’acteur et metteur en scène aime y prendre son noir du matin, après avoir déposé sa fille à l’école. L’immeuble a abrité les amours de Piaf. Quel signe! Car d’oiseau, il est bien query avec Jérémie Lippmann, ébouriffé, attendrissant par son air tombé du nid. Et puis n’est-il pas aussi coauteur d’un magnifique album de images prises par drones? Une promenade poétique époustouflante dans Paris exploré à vol d’oiseau. De hauteur, d’ “élévation”, l’homme ne manque pas. Il le confirme: “Comment ne pas rêver d’être un oiseau? De pouvoir se déplacer sans barrière? Quelle liberté!”

Jérémie Lippmann est devenu un metteur en scène incontournable. Après avoir ouvert la saison avec François Berléand et Niels Arestrup dans 88 fois l’infini d’Isabelle Le Nouvel, il triomphe avec Victoria Abril dans Drôle de style de Jade-Rose Parker. Si Richard Anconina brûle les planches, c’est aussi sous sa course. Il a mis en scène les chanteuses Dani et Olivia Ruiz, puis Frédéric Beigbeder dans un “DJ set littéraire” où le chroniqueur mondain convoquait des écrivains comme autant de rock stars. Et il vient de monter un spectacle avec M (alias Matthieu Chedid). Liste non exhaustive. Avant, il y a eu Eloquence à l’Assemblée, dans lequel Joey Starr (ex-NTM) interprétait de grands discours prononcés à l’Assemblée nationale par Victor Hugo, Simone Veil, Jean Jaurès ou Aimé Césaire. Travailler avec Didier – comme il l’appelle – permet à Jérémie d’élargir le public, de toucher les jeunes, en leur rappelant que la liberté d’aujourd’hui résulte d’engagements inscrits dans l’histoire et que “la poésie, c’est rock and roll!” Son credo: décloisonner.

Avec Joey Starr pour Eloquence à l'Assemblée,en 2017. Cette collaboration lui a permis d'élargir son public.

Avec Joey Starr pour Eloquence à l’Assemblée, en 2017. Cette collaboration lui a permis d’élargir son public. (Photos: Alexandra Luciani)

Après quoi court-il donc? “Il faut rester curieux, répond-il. C’est un principe qu’Isabelle Nanty m’a appris quand j’étais gamin, au Cours Florent, en me chopant dans le couloir. Je n’ai jamais eu le désir de faire de la mise en scène. C’est une anomalie! Souvent je me pince, me demandant pourquoi on me sollicite. Mais quand je sens la démarche sincère, je vais voir.” Mû par un désir exacerbé de la rencontre et par la curiosité: “Je ne suis pas touche-à-tout en dépit des apparences. Pour moi, dire non est compliqué. Si je sens l’énergie suffisante, j’y vais. Viscéralement amoureux de ce que je fais. D’ailleurs, pour s’engager dans ce métier, c’est indispensable. C’est ce que je dis aux jeunes acteurs quand je dirige une master class.”

D’acteur à acrobate

Jérémie Lippmann est né en 1979 à Paris. A l’âge de 11 ans, alors qu’il fait du curler au Trocadéro, une directrice de casting le repère. Diane Bertrand prépare un moyen métrage. Jérémie est engagé après un bout d’essai. “J’ai adoré, se souvient-il. Je me suis éclaté. En plus, à la fin, les Jeunet m’ont offert une PlayStation!” Même s’il n’était pas poulbot à l’époque -il vivait avec sa mère Rive gauche-, Jérémie a toujours joué dans la rue, dès l’âge de cinq ans. “Avec mon frère, nous débordions d’énergie et nous avions la chance d’avoir une maman qui nous faisait confiance. Alors nous avons sillonné Paris et fait les 400 coups.”

Les deux frères deviennent graffeurs. Jérémie est par ailleurs passionné de modélisme. Son aîné étant photographe, ils embarquent une caméra sur un drone, précurseurs de cette approach. Ils fonderont plus tard une entreprise qui intéressera vite la télévision. A 14 ans, alors que son frère voyage dans le monde entier, Jérémie veut quitter l’école. “Mais pour quoi faire?”, lui demande sa mère. Ils partent un mois à Saint-Martin (Caraïbes) pour réfléchir. “Les voyages sont essentiels dans l’éducation, souligne-t-il. Ils apprennent à s’ouvrir au monde.” De retour à Paris, il s’inscrit au Cours Florent. Trois heures par jour ne suffisant pas à l’occuper, il entre à l’école du cirque Fratellini où il apprend la rigueur du travail, l’significance du corps, l’efficacité de l’entraînement. Il devient acrobate. Une formation essentielle dont on retrouve la patte dans sa manière de diriger les acteurs.

Au théâtre Montparnasse, en 2018, pour Rouge, avec Niels Arestrup (au centre) et Alexis Moncorgé (à dr.). Il aime supprimer “le quatrième mur” pour impliquer les spectateurs. (Photos: Alexandra Luciani)



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