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Kiev réclame la fin du blocus russe pour éviter une “sévère crise alimentaire, et même des famines”



Mettre fin au blocus russe pour libérer les millions de tonnes de céréales, qui sont actuellement bloquées dans les ports ukrainiens. C’est ce que demande avec véhémence le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Ce dernier a lancé un nouvel appel, ce samedi 11 juin, à une pression internationale pour obtenir que la Russie mette fin au blocus des ports ukrainiens de la Mer Noire, permettant ainsi des exportations nécessaires pour éviter une crise alimentaire mondiale.

Il a prévenu que, faute d’une reprise des exportations ukrainiennes, “le monde devra faire face à une sévère crise alimentaire, et même des famines, dans de nombreux pays en Asie et en Afrique”, à l’occasion d’un forum sur la sécurité en Asie-Pacifique, le Shangri-La Dialogue.

“La pénurie de produits alimentaires mènera inexorablement au chaos politique, ce qui risque de provoquer le renversement de nombreux gouvernements”, a-t-il alerté.

Entre 20 et 25 millions de tonnes de céréales sont bloquées

L’Ukraine était, avant l’invasion russe, le plus important producteur mondial d’huile de tournesol et l’un des principaux exportateurs de blé, et des millions de tonnes de céréales sont actuellement bloquées, faute de pouvoir les exporter en raison du blocus russe.

L’Ukraine, a précisé M. Zelensky, exporte actuellement deux millions de tonnes de céréales par train chaque mois, mais cela reste largement en-dessous de ce qu’elle exporte habituellement. Selon lui, la quantité de céréales destinées à l’exportation et bloquées en Ukraine en raison de la guerre pourrait tripler d'”ici à l’automne” pour atteindre 75 millions de tonnes. Actuellement, entre 20 et 25 millions de tonnes de céréales sont bloquées.

Vers un corridor maritime

Les Nations unies et certains pays poussent pour que soit ouvert un corridor maritime permettant aux exportations ukrainiennes de reprendre. Kiev est en discussion actuellement avec les Nations unies, la Turquie et d’autres pays pour ouvrir un tel corridor afin de permettre l’exportation de céréales. De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a rencontré cette semaine à Ankara son homologue turc à ce propos, mais sans progrès pour l’instant.

Toutefois, même si les tentatives d’accords en cours afin de créer des corridors maritimes sécurisés pour les céréales devaient aboutir, “il faudrait plusieurs semaines afin d’en voir les effets”, estime Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre de FranceAgriMer.

La France s’est, pour sa part, dit prête à aider pour lever le blocus du port ukrainien d’Odessa, afin de faire sortir d’Ukraine les céréales bloquées.

“Nous sommes à disposition des parties pour, au fond, que se mette en place une opération qui permettrait d’accéder au port d’Odessa en toute sécurité, c’est-à-dire de pouvoir faire passer des bateaux en dépit du fait que la mer est minée”, a déclaré vendredi un conseiller du président Emmanuel Macron.

Volodymyr Zelensky veut exclure la Russie de la FAO

Volodymyr Zelensky a, par ailleurs, demandé jeudi l’exclusion de la Russie de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), sur fond d’accusations de Kiev de blocage et de vol des céréales ukrainiennes par Moscou.

Créée en 1945, la FAO a vocation à “parvenir à la sécurité alimentaire pour tous” en faisant en sorte que “les populations aient un accès régulier à suffisamment de nourriture de bonne qualité  pour mener des vie actives et en bonne santé”, indique-t-elle sur son site internet.  Elle compte la Russie parmi ses pays membres depuis 2006.

Dans un rapport publié jeudi dernier, l’organisation onusienne explique que la hausse des dépenses mondiales d’importations alimentaires prévue en 2022 par rapport à 2021, de 51 milliards de dollars, est due pour 49 milliards au “seul fait de la progression des prix”. Résultat :  “bon nombre de pays vulnérables dépensent davantage sans toutefois recevoir plus de nourriture“, constate-t-elle.

(Avec AFP)