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Peter May : “Mona Lisa a été juste à côté de chez moi, pour un écrivain, c’était une histoire irrésistible”


Installé dans un petit village du Lot, l’écrivain franco écossais, qui a vendu plus 12 millions de romans dans le monde, raconte le passage de la Joconde dans notre région dans son dernier roman, la Gardienne de Mona Lisa.

Comment avez-vous découvert que La Joconde est passée en Aveyron ?

J’en ai entendu parler ici, à Bétaille (Lot), dans la maison d’à côté que j’étais en train d’acheter pour ma fille. L’ancien propriétaire a dit que pendant la guerre, il y avait eu des tableaux du Louvre dedans. J’ai imaginé des tableaux accrochés aux murs, en me demandant comment c’était possible.

Et puis il y a eu une exposition dans le village à côté et j’ai vu une photo du garage de la maison de ma fille, on expliquait qu’ils avaient mis là les tableaux trop grands pour entrer au château de Montal, comme Les Noces de Cana. J’ai fait des recherches, j’ai commencé à imaginer des personnages.

Pendant la pandémie, j’étais coincé ici, et comme je connais très bien la région je n’avais pas besoin de voyager : La Gardienne de Mona Lisa, c’est un enfant de la pandémie.

Cette rivalité entre Hitler et Goering autour de la Joconde, c’est une réalité ou votre invention ? 

Ce n’est pas spécialement Mona Lisa, mais Goering et Hitler cherchaient chacun des tableaux. Hitler voulait avoir un énorme musée en Autriche, Goering voulait agrandir sa collection privée.

Il est venu plusieurs fois à Paris pour en prendre au musée du Jeu de Paume, où on regroupait les œuvres volées aux familles juives. J’ai été inspiré par toutes ces histoires, et aussi parce que Mona Lisa, l’œuvre la plus célèbre du monde, était juste à côté de chez moi. Pour un écrivain, c’était irrésistible. C’est comme si on touche l’Histoire de la main.

Vous étiez-vous déjà intéressé à ce tableau ?

Je l’avais vue il y a très longtemps, dans un coin très sombre du Louvre, c’était plein de monde et pas très impressionnant. Mais aujourd’hui en face d’elle il y a Les Noces de Canat, qui étaient dans mon garage !  Je me suis beaucoup documenté pour faire mon roman, et le voyage de Mona Lisa, avec Léonard de Vinci, qui est venu l’apporter à François 1er  (à Amboise en 1516 NDLR) est lui aussi extraordinaire, il l’a portée dans un sac, sur une mule. 

Faites-vous toujours autant de recherches pour vos romans ?

L’écriture, c’est mon métier, mais la recherche c’est mon plaisir. En général, j’ai l’idée d’un sujet, je fais les recherches, je laisse l’histoire se développer puis j’écris un synopsis très détaillé.

Ensuite j’écris tous les jours 20 000 signes, en attaquant à 6 h du matin, et c’est fini en six ou sept semaines. J’ai terminé début mai un livre dont j’ai eu l’idée en novembre après l’échec de la Cop 21 à Glasgow, qui a été un désastre et m’a mis très en colère.

Comment êtes-vous devenu écrivain ?

J’ai commencé comme journaliste à Glasgow au début des années 70, une époque très intéressante, avec beaucoup de grèves, c’était un vrai bordel au Royaume Uni.

J’ai écrit mon premier livre, The reporter, en 1978, la BBC en a fait une série en 1978, et je suis devenu scénariste pendant 18 ans. J’ai fini avec pendant cinq ans la première série en gaélique tournée dans les Iles Hébrides. En 1996 je suis parti en Chine, j’avais de bons contacts avec le ministère de la propagande, ce qui sonne un peu sinistre, mais qui m’a donné accès à tous ce que je voulais dans la police chinoise.

C’était une période extraordinaire où ils sortaient d’une époque médiévale pour devenir une police moderne. J’avais une histoire en tête avec les OGM, je ne savais pas comment la raconter, et j’ai démarré avec un meurtre, un flic chinois, l’éditeur m’en a demandé un autre, et c’est devenu la série chinoise.

Peter May chez lui, dans le Lot : " Je suis le plus français des Ecossais, sauf pendant les matches de rugby où cela reste difficile."
Peter May chez lui, dans le Lot : ” Je suis le plus français des Ecossais, sauf pendant les matches de rugby où cela reste difficile.”
MIDI LIBRE – François Barrère

Comment avez-vous été publié par les Editions du Rouergue de Rodez ?

En 2005, mes livres étaient déjà parus dans plusieurs pays, mais je ne trouvais pas d’éditeur en France. Une traductrice qui vivait près d’ici m’a fait rencontrer Danielle Dastug, qui a adoré, et depuis tous mes livres y sont publiés.

D’où vient votre attachement à la France ?

Depuis 40 ans, je passais toutes mes vacances en France, dans ce coin, près de Cahors, j’ai acheté une petite maison, puis en 2002 on a quitté l’Ecosse, et nous sommes devenus Français un mois avant le vote pour le Brexit.

J’espère qu’un jour, si l’Ecosse devient indépendante, je serai Ecossais, et non plus Britannique. Je suis le plus Ecossais des Français, sauf pendant les matches de rugby, où la question reste difficile. (rires)

Et l’Aveyron, dont vous êtes voisin ?

Comme ici, j’adore les gens, les villages, les paysages. J’aime beaucoup Rodez. Un de mes livres tourne autour de la haute cuisine française, et j’ai fait la recherche chez Michel Bras. J’ai passé trois jours dans sa cuisine, mangé chaque soir avec sa famille.

Un jour on est partis à 3 h du matin faire le marché devant la cathédrale de Rodez, c’était extraordinaire, un des plus grands cuisiniers du monde, sous la pluie, avec un sac plastique sur la tête, à genoux pour chercher dans la nuit les meilleurs légumes pour sa cuisine. Incroyable !

Combien avez-vous vendu de livres ?  

Je suis édité dans plus de trente pays, et je pense que j’ai vendu entre 12 et 16 millions de livres. Mais j’ai eu de la chance, il y a beaucoup d’écrivains qui travaillent très bien et qui n’ont pas eu cette chance.

La Gardienne de Mona Lisa, Peter May, Editions du Rouergue, 427 p. 24 €



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