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Rencontre exceptionnelle avec Soulages, 102 ans, à Sète : “L’autre jour, j’ai même fait une toile sur la terrasse”


Pierre Soulages, monument de l’artwork contemporain, nous a ouvert les portes de sa maison à Sète. L’artiste de 102 ans, qui proceed à peindre, se souvient de Fernand Léger et de Nadia sa redoutable épouse avant l’exposition de Rodez. 

“Je peins quand je le peux mais ce n’est plus tous les jours” confie Pierre Soulages avec une pointe de remorse dans la voix. Travailler au quotidien lui semble encore naturel à 102 ans, malgré la fatigue de certains jours et un atelier devenu moins accessible. “J’ai aménagé une pièce juste à côté pour pouvoir peindre. L’autre jour, j’ai même fait une toile sur la terrasse”.

La maison de Sète fut le refuge des longs mois de confinement, quand Soulages était protégé comme un trésor nationwide; les entrées de sa villa du Mont-Saint drastiquement filtrées. Aujourd’hui les visites restent limitées mais une vie sociale a repris chez les Soulages qui aiment recevoir leurs amis autour de chocolats ou d’un verre de Porto.

Ce couple d’inséparables s’approche doucement d’un anniversaire rarissime : 80 ans de mariage, le 24 octobre. Mais ils relativisent l’échéance avec le même détachement que lorsqu’ils avaient, l’un puis l’autre, soufflé cent bougies. “Vous savez bien que nous ne fêtons pas nos anniversaires” glisse Colette, 101 ans. “Quand nous nous sommes mariés, quelques amis pensaient que ça n’allait pas durer” s’amuse Pierre.

Il se souvient de cette cérémonie, l’automne 1942, en l’église Saint-Louis de Sète, sur le coup de minuit, tous deux vêtus de noir. “Un grand mariage : il devait y avoir au maximum quinze personnes !” On le sait, ils n’ont jamais aimé les grands raouts.

“Louis Carré jouait les grands seigneurs”

Pierre Soulages préfère plonger dans ses souvenirs pour évoquer Fernand Léger. Le peintre sera à l’honneur à partir du 11 juin dans l’exposition “La vie à bras-le-corps” au musée Soulages de Rodez. Les deux artistes se rencontrent en 1945 sous l’égide du marchand Louis Carré. Le galeriste représente Léger qui, à son retour d’Amérique, connaît la gloire avec ses personnages stylisés en volumes. Le jeune Soulages, lui, entame son parcours dans un registre abstrait, on disait alors “informel”.

Il ne reste pas longtemps chez Louis Carré qui “jouait les grands seigneurs et se comportait comme tel. Nous avons rompu quand j’ai signé chez Kootz à New York en 1954”. Mais Soulages garde en mémoire de bons moments avec Fernand Léger. “C’était l’artiste de la galerie dont j’étais le plus proche. Léger s’intéressait à moi, et j’aimais sa manière de voir les choses, le recul qu’il prenait. Il était assez libre. Quand il n’appréciait pas trop un peintre, il disait : c’est un mélodieux. Ce qui voulait dire qu’il faisait de la chansonnette”.

En juillet 1952, Soulages et Léger sont réunis pour un spectacle musical et chorégraphique dédié à Léonard de Vinci devant le château d’Amboise. Ils réalisent des décors. “Léger avait choisi la façade du château comme fond. Moi, j’avais préféré créer un fond de nuit”  commente Soulages, déjà attiré par le noir. Il inventera à Amboise un ingénieux dispositif de lignes animé par des… ballons-sondes.

“Nadia était une femme autoritaire”

Il raconte aussi cette délicieuse anecdote. “Après une répétition, Fernand Léger et sa femme Nadia m’avaient ramené en voiture. Elle conduisait. Il faisait une chaleur étouffante et elle avait brusquement stoppé devant un bistrot. On pensait aller boire un coup. Mais Nadia nous a intimé l’ordre de rester dans la voiture. C’était une femme autoritaire que Léger craignait et cajolait. Il l’appelait ma Tartare car elle était Russe. Nadia est revenue avec sa casquette remplie de glaçons, l’eau dégoulinait sur son visage. Mais pas de boisson fraîche pour nous !”

Soixante et dix ans plus tard, cette drolatique péripétie reste gravée dans la mémoire de Soulages.

Exposition Léger à Rodez

“Fernand Léger après la Seconde Guerre était une sorte de père spirituel pour les artistes français. Il aimait conseiller les jeunes peintres. Il incarnait la figure de l’artiste ayant réussi en venant de l’avant-garde, très engagé politiquement” explique Benoît Decron. Le directeur du musée Soulages de Rodez accueille à partir du 11 juin “Fernand Léger- La vie à bras-le-corps”. Une des grandes expositions de l’été en région. Elle discover trois thèmes de prédilection de Léger : la ville, le monde du travail, les loisirs. “Elle réunit des tableaux emblématiques et couvre toutes les périodes de l’artiste de 1912 à 1955, date de sa mort à 74 ans”. Depuis 1960, un musée Fernand Léger présente des oeuvres de l’artiste à Biot (Alpes Maritimes). Le musée Soulages de Rodez a ouvert en 2014. Un level commun entre les deux artistes et un privilège uncommon.     

            



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