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si, si les start-up ont gagné la confiance des pouvoirs publics



Les start-up commencent à trouver leur place au sein du secteur spatial mais il reste encore du chemin à parcourir pour pérenniser l’écosystème du New Space, ont relevé les acteurs du secteur lors du Paris Air Forum organisé par La Tribune. C’est notamment le cas de David Henri, co-fondateur d’Exotrail, aujourd’hui devenu chef de produits après en avoir été le PDG jusqu’en octobre 2021. « Il y a un an, le message que je passais, c’était de plus faire appel aux start-up pour leur confier des contrats opérationnels, des contrats de la vraie vie, pas uniquement des subventions », rappelle-t-il. Aujourd’hui, « j’ai un discours un peu différent parce qu’il y a un tas de chose qu’on a recommandé et qui ont été prises en compte ».

Des accélérateurs de startup, une représentation au sein du Cospace, un système de subventions-contrat permettant un effet de levier en termes de financement, et enfin une voix désormais prise en compte au niveau européen grâce au syndicat Yess, pour Young European Enterprises Syndicate for Space accompagnent désormais les startups. « Une évolution radicale par rapport à il y a un an », se félicite David Henri.

Une marque de confiance au New Space

Le PDG et fondateur de la start-up rennaise Unseenlabs Clément Galic abonde : « Les choses bougent, les choses avancent ». « En 2015, on n’entrait dans aucune case, se rappelle-t-il. En termes de financement, c’était hyper compliqué ». La start-up a réussi à prendre son envol grâce au fonds d’investissement Definvest, créé en 2017 par la Direction générale de l’armement (DGA) et Bpifrance, puis l’Agence de l’innovation de défense (AID), avec d’abord le développement d’un démonstrateur : « Ce n’est pas du papier, c’est un satellite » destiné à valider une technologie. Aujourd’hui, Unseenlabs a déjà réussi à lancer sept satellites de détection des signaux radiofréquence et vise une constellation de 10 satellites d’ici à la fin de l’année, puis une vingtaine dans les deux ans. Une réussite basée dès le départ sur “la confiance de l’État”.

Aujourd’hui, la Commission européenne met de l’argent sur la table pour demander aux nouveaux acteurs de se pencher sur des problématiques jusqu’alors réservées aux grands systémiers européens, « une vraie marque de confiance », selon Clément Galic. Gama, positionnée sur le marché de l’exploration spatiale, a été accompagnée par le Centre national d’études spatiales (CNES) et Bpifrance. Mais Louis de Gouyon Matignon, son patron et fondateur, estime que si les premières marches sont désormais plus aisées à franchir, les étapes suivantes restent difficiles.

« L’intuition qu’on a, c’est qu’en Europe aujourd’hui, en particulier en France, pour tout ce qui est pre-seed, seed (l’étape préliminaire à une levée de fonds et la levée de fonds, ndlr), il y a énormément de fonds. Mais à partir du moment où on passe en série A (levée de fonds pour accélérer son développement, ndlr), on veut industrialiser la société, ça va devenir un petit peu plus complexe », estime-t-il, en reconnaissant se poser la question d’aller aux Etats-Unis pour une série A.

L’Europe doit avoir une approche plus cohérente

L’Agence spatiale européenne (ESA) et la DGA ont désormais intégré les start-up pour soutenir leurs besoins mais ils reconnaissent qu’il y a encore du chemin à faire. « L’Europe représente 15% du financement public du spatial dans le monde », souligne Géraldine Naja, directrice de la commercialisation, de l’industrialisation et de l’approvisionnement de l’ESA. Mais elle « n’est plus qu’à 5% » pour les investissements privés. « Ce qui nous manque, c’est une approche cohérente, un peu plus de visibilité, et un soutien global aux star-tup en particulier pour les nouveaux marchés », estime-t-elle.

« Le principal défi des années qui viennent, c’est d’arriver à intégrer les solutions que propose l’écosystème New Space dans des capacités vraiment opérationnelles », estime Jean-Baptiste Paing, ingénieur en chef de l’armement et architecte des systèmes de défense « Commandement et maîtrise de l’information », connectivité, et coordonnateur espace à la DGA. « On est encore dans un potentiel d’exploration, d’innovation », selon lui. L’enjeu est de permettre aux start-up de trouver leur place sur le marché et de ne pas être dépendantes d’un seul client. « C’est toute la base du plan France 2030 », souligne-t-il.