Lifestyle

Société. Êtes-vous une personne HPI ? Comment ça se manifeste ? Comment le détecter ?


Peut-être êtes-vous HPI sans le savoir ? Alors que la série diffusée tous les jeudis sur TF1 est sujet à la controverse, nous avons demandé à Monique de Kermadec, psychologue clinicienne, spécialiste des surdoués et autrice de plusieurs ouvrages dont ”Les Forces des surdoués dans un monde en crise”, ”L’Adulte surdoué à la conquête du bonheur” et ”La Femme surdouée” chez Albin Michel, la définition d’une personne HPI, pour haut potentiel intellectuel, comment celui-ci se manifestait chez les individus, et comment le détecter.

Zèbre, précoce, surdoué… Quelle est la définition d’une personne HPI  ?

-Tous ces différents mots montrent bien l’embarras que l’on a aujourd’hui à définir ce qu’est une personne ”surdouée”, un terme scientifique qui a été écrit pour la première fois par un pédo-psychiatre en 1959, qui parlait à ce moment-là des enfants avec des aptitudes supérieures dépassant nettement la moyenne des capacités des autres enfants de son âge. En France, le mot surdoué soulève beaucoup de discussions : nous n’aimons pas trop le ”sur” de ”surdoué”, cette idée de ”en plus”, ”supérieur”. A ce moment-là est arrivé un autre terme, le mot ”précoce”, qui n’est pas totalement satisfaisant parce que ça sous-entend que si on est en avance, celle-ci pourrait s’éroder avec le temps. On parle désormais de haut potentiel intellectuel, HPI, les entreprises ayant créé dans le monde du travail des circuits pour les candidats leur paraissant les plus prometteurs. Quant au mot zèbre, c’est une vulgarisation de la notion qui met totalement de côté le terme scientifique. Il est contesté par certains parce qu’il peut inclure quasiment tout le monde ! Le mot anglais ”gifted”, c’est-à-dire ”doué”, aurait été un bon choix, mais nous le réservons à nos artistes, on ne l’utilise pas quand on parle d’intelligence cognitive, celle qui permet de faire des études.

Quel est le rapport avec le quotient intellectuel ?

-Quel que soit le terme utilisé, on estime que quelqu’un est surdoué quand il a un QI de 130 ou plus (1). Mais il est évident que la douance intellectuelle, c’est aussi un certain regard, un certain rapport au monde. Nous ne sommes pas qu’un chiffre de QI ! Nous avons des personnalités qui se rajoutent à notre fonctionnement intellectuel. D’où l’importance, lorsque l’on croise une personne que l’on pense HPI, de prêter attention à quelques caractéristiques.




On estime que quelqu’un est surdoué quand il a un QI de 130 ou plus. Photo d’illustration Pixabay/StartupStockPhotos

Justement, on parle souvent de personnes hypersensibles, ou qui manquent de confiance en elles… A raison ?

-On peut regrouper ces caractéristiques sous trois thématiques, qui sont l’intensité, la complexité et l’urgence à agir. Pour monsieur ou madame tout-le-monde, un surdoué, c’est quelqu’un qui est ”trop” : hypersensible, passionné… C’est un mode de fonctionnement qui paraît pour l’autre très intense et qui le déloge de sa zone de confort. La complexité, elle, vient de sa façon de penser : il est attiré par des sujets complexes, il va de question en question, il voit en fait les problèmes sous différents angles. En général, on se contente d’un ou deux angles. Le surdoué, lui, va apercevoir d’autres angles pour aborder une question. Parfois, les autres trouvent d’ailleurs cette démarche inutile. Enfin, l’urgence à agir, c’est que, lorsque quelque chose passionne le surdoué, il peut en perdre le boire et le manger, le sens du temps. Il va y travailler jour et nuit s’il le faut parce qu’il est animé par une énergie, une motivation qui ne le laisse pas en paix. Il a besoin d’aller jusqu’au bout, parfois jusqu’à épuisement, jusqu’à faire un burn-out. Dans l’urgence à agir, il y a aussi la soif de découverte : le surdoué a besoin de se nourrir intellectuellement, ce qui va l’amener à faire beaucoup de recherches, d’être actif.

 Comment savoir si l’on est ou si l’on côtoie une personne HPI ?

-La première manière de détecter ce qu’ils sont, c’est un sentiment de différence. On va leur dire des phrases comme ”Mais tu ne peux pas faire comme tout le monde ?” ou ”Pourquoi tu compliques les choses ?” qui leur renvoient leur différence. Dans leurs relations avec les autres, à l’école ou au travail, ils ne partagent pas les mêmes centres d’intérêt, les mêmes questionnements. Les surdoués ont très tôt des questionnements existentiels. L’une de mes patientes m’expliquait que petite, elle avait été très déçue parce que la maîtresse n’avait pas su répondre à sa question, qui était ”Pourquoi on vit ?”. Un petit garçon m’a demandé récemment ”Et si la Terre s’arrête de tourner, qu’est-ce qu’on devient ?”. Ces questions, qui sont loin d’être farfelues, on va les retrouver quasi systématiquement chez ces enfants et ces adultes qui vont, tout au long de leur vie, ne pas accepter une simple réponse, et qui ont besoin d’aller plus loin pour comprendre.




L’intelligence émotionnelle serait quelque chose de plus accessible pour les petites filles. Photo d’illustration Pixabay/Dmitriy GUTAREV

Ces personnes réussissent-elles toujours dans la vie ?

-Cela fait partie des stéréotypes sur les surdoués. Tout le monde croit que si on est surdoué, on réussit formidablement, mais pour l’enfant, c’est moins clair. Il va à l’école, il est en pleine construction… Sa douance intellectuelle est une promesse. S’il n’est pas encore performant, avec une meilleure compréhension de son fonctionnement, on va lui permettre d’avoir les notes et résultats attendus. Pour l’adulte malheureusement, on a parfois la tendance à penser que quelqu’un qui n’a pas réussi n’est pas surdoué. Or, c’est complètement faux. On peut très bien avoir rencontré des barrières, s’être découragé, ne pas être allé au bout de ses études, tout en ayant un QI élevé. Le surdoué manque de confiance en lui. On imagine qu’il doit se sentir supérieur, qu’il est arrogant… Non. Parce que quand vous vous posez mille et une questions, vous percevez tout ce que vous ne savez pas. Donc vous êtes capable d’une auto-critique qui fait que bien souvent vous allez manquer de confiance en vous. Notez en outre que certains points sont plus marqués chez la femme surdouée que chez l’homme surdoué : sa sensibilité, son sentiment d’être différente, son sentiment d’imposture, sa faculté à se transformer pour répondre aux attentes des autres…

Il est donc plus probable que les personnes qui sont HPI et HPE (pour haut potentiel émotionnel) soient des femmes ?

-Disons que l’intelligence émotionnelle est quelque chose de plus accessible pour les petites filles. Les attentes de l’autre sont des choses auxquelles elles sont très sensibles. Les garçons sont loin d’être ignares en la matière, mais ils n’y accordent pas autant d’importance. Les filles savent qu’elles doivent offrir une certaine apparence pour rassurer l’autre. D’ailleurs, la série de TF1, qui est loin d’être une démonstration de ce qu’est la douance, a choisi une héroïne comme personnage principal, qui a du franc-parler, qui fonce tête baissée… un mode de fonctionnement ”masculin”, dans le sens des qualités que la société attend de l’homme.

Est-ce pour cette raison que la série est autant décriée par les HPI  ?

-C’est une fiction, pas un documentaire : pour retenir l’attention du public, les traits sont exacerbés. Regardez, dans n’importe quel film, vous avez une liste de personnages, et chacun représente une facette de nous-même, de notre personnalité, qui nous permet de nous identifier : le bon, le curieux, l’enquiquineur, etc. Dans la série de TF1, il n’y a que quelques traits exacerbés propres aux surdoués, qui sont là pour que ce soit un succès.




Génie et surdoué, c’est la même chose ? Photo d’illustration Pixabay/Arek SOCHA

Si je pense que moi-même ou quelqu’un de mon entourage est une personne HPI, comment le détecter ? Le prouver ?

-Je pense que ça vaut la peine de lire, de s’informer. Ensuite, il est important que cette personne n’ait pas de honte à poser cette question à un spécialiste. Il y a la peur du ridicule, du jugement d’autrui… Or, c’est bien de chercher à se connaître, à mieux comprendre son fonctionnement. C’est tout à fait légitime, il n’y a rien de grotesque, de comique dans cette démarche. Et puis, il faut les rassurer : il existe des personnes surdouées et heureuses ! On n’est pas nécessairement en souffrance quand on est surdoué, et ce n’est pas parce que l’on souffre que l’on est surdoué. Reste qu’une différence, dans un contexte social, familial ou professionnel, où elle n’est pas comprise, peut amener l’individu à souffrir, pas à cause du chiffre du QI, mais du regard, des critiques de l’autre. En outre, ce n’est pas parce qu’on est surdoué qu’on n’échoue pas dans la vie. On connaît tous des échecs. D’ailleurs, l’échec, c’est aussi apprendre.

Avant d’aller voir un spécialiste pour connaître son QI, le pré-test de Mensa, disponible gratuitement en ligne, est-il pertinent  ?

-Le test de Mensa (2) est un équivalent d’un test de QI, tout à fait sérieux et positif, mais il favorise un peu les matheux, les ingénieurs. Les plus littéraires peuvent être moins à l’aise avec ce test. Mensa le sait. Ils proposent de passer le pré-test, si on atteint un certain score, ils invitent la personne à passer le vrai test. A 130 ou plus, on peut être admis dans cette association internationale de surdoués. Ils peuvent aussi passer un WAIS 4 (Échelle de l’intelligence de Wechsler), qui est un équivalent, pour être admis (3).

On peut être surdoué dans un domaine et pas du tout dans un autre, donc ?

-On a tendance à penser qu’être surdoué, c’est être bon en tout. Or, il peut y avoir des domaines dans lesquels vous excellez, et d’autres moins, car vous avez certaines formes de pensée plus développées que d’autres. Il faut faire la différence entre génie et surdoué. Après tout, on se moque du QI d’Einstein, ce qui compte, ce sont les prouesses qu’il a réalisées dans ses domaines de prédilection !

(1) Les surdoués représentent à ce jour 2,28% de la population mondiale.

(2) Tests collectifs Mensa accessibles à partir de 50 euros par personne.

(3) De 150 à 400 euros si vous le passer seul sous la surveillance d’un psychologue



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.