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Tolo, pionnier de la télé afghane, continue d’encaisser les coups



Depuis le retour des talibans au pouvoir au mois d’août 2021, deux des principaux diffuseurs afghans – les chaînes Tolo TV et Tolo News – ont littéralement pris des coups et n’ont eu d’autre different que de se plier à la régulation imposée par le groupe extrémiste.

“En dépit de la promesse des talibans de respecter la liberté de la presse, la variété et la portée des contenus ont diminué sous leur coupe”, regrette le website d’data anglophone Gandhara (émanant des médias américains Radio Free Europe et Radio Liberty).

“Si les chaînes de Tolo, détenues par Moby Group, ne sont pas les seules à devoir se plier aux nouvelles règles, leur statut de pionnières et d’actrices dominantes sur la scène médiatique afghane les place sous le feu des projecteurs.” Tolo TV a été lancée en 2004, Tolo News en 2010.

Tolo avait la réputation de diffuser des informations de qualité, mais avec le retour des talibans, ses journalistes se font attaquer. Alors que la chaîne organisait habituellement des débats politiques, les members émettant des critiques contre le régime s’exposent aujourd’hui à des arrestations.

“Les cheveux des présentatrices ont été recouverts, les émissions étrangères et de musique populaire supprimées.”

Cible des talibans

Le directeur de Tolo News, Khpalwak Safai, reconnaît auprès de Gandhara que certains programmes ont été supprimés. “Nous fonctionnons de manière indépendante jusqu’à présent, choisissons notre programme quotidien par nous-mêmes et produisons des informations de manière très indépendante”, indique-t-il à propos de Tolo News.

Tolo avait déjà été prise pour cible par les talibans bien avant que ces derniers ne reprennent Kaboul. “En 2016, au moins sept employés de la chaîne ont été tués et quinze autres blessés après un attentat suicide contre un minibus de Tolo dans Kaboul. À l’époque, les talibans accusaient la chaîne de ‘promouvoir l’obscénité, l’irréligion, la culture étrangère et la nudité’.

Quelques semaines à peine après la prise de pouvoir des talibans, le 15 août dernier, le journaliste de Tolo News Ziar Yaad et son caméraman étaient attaqués par des talibans pendant un reportage sur la pauvreté dans la capitale afghane.

Dès le mois d’août, les talibans estimaient que les journalistes “ne devaient pas œuvrer contre les valeurs de la nation”, mais que les médias privés “demeureraient indépendants” et que les femmes seraient autorisées à y travailler “en accord avec les principes de l’islam”.

“Le même jour, la présentatrice de Tolo News, Beheshta Arghand, faisait la une des médias internationaux et apparaissait comme un symbole de la résistance des médias afghans à la censure, après avoir [interviewé] un porte-parole taliban en direct”, rappelle Gandhara. Quelques jours plus tard, la journaliste choisissait de quitter le pays avec sa famille.

Selon Reporters sans frontières (RSF), l’arrivée au pouvoir des talibans a “radicalement changé le paysage” médiatique du pays, avec des “répercussions sérieuses sur le respect de la liberté de la presse et la sécurité des journalistes, particulièrement les femmes”, faisant passer l’Afghanistan à la 156e place sur 180 dans le classement annuel de RSF sur la liberté de la presse.

Courage des reporters afghans

“Nous avons enregistré des dizaines d’incidents depuis août dernier au cours desquels les talibans ont fait pression et harcelé, arrêté et torturé des journalistes et des professionnels des médias”, signale à Gandhara Lotfullah Najafizada, journaliste qui a participé aux discussions entre la société civile et les talibans en Norvège en janvier dernier.

Pour lui, la prise de Kaboul a marqué “la fin du système démocratique dans lequel les médias avaient des garanties constitutionnelles et une protection”. “Il est important que les journalistes restent dans le pays et qu’ils continuent à faire leur travail”, conclut-il.



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