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Vie quotidienne. Sommes-nous vraiment moins bons en français qu’avant ?



“Trophé”, “traffic”, “je les ai vu”, “avoir la côte ”… vous n’y voyez aucune erreur ? Et pourtant, il y en a bel et bien. C’est une mince comfort mais vous n’êtes sûrement pas seul à les commettre. Cheval de bataille pour certains, véritable casse-tête pour d’autres, l’orthographe ne laisse pas indifférent.

Un niveau en baisse depuis des décennies

Ce n’est pas qu’une idée reçue : le niveau d’orthographe, de grammaire et de conjugaison des écoliers français baisse d’année en année. Une be aware du ministère de l’Éducation nationale datant de 2016 révèle que les élèves de CM2 de 2015 ont de moins bons résultats en orthographe que leurs prédécesseurs de 1987 et 2007. Évalués sur la même dictée, les élèves de 2015 ont fait en moyenne 17 erreurs contre 14 en 2007 et 10 en 1987.

« Nos grands-parents avaient de meilleurs résultats en orthographe, juste avec le certificat d’études après l’école primaire, que certains étudiants en Bac + 3 aujourd’hui. Les jeunes de 2022 ne sont pas plus bêtes mais il y avait des prises de réflexes avec les dictées quotidiennes qui n’existent plus aujourd’hui », regrette Caroline Maitrot, co-fondatrice de l’software de soutien scolaire Nomad Education.

« Le niveau en orthographe baisse effectivement si on fait les mêmes exams », reconnaît Anne Abeillé. Professeur de linguistique à l’Université Paris Cité et co-directrice de La Grande Grammaire du français, elle explique que c’est surtout notre rapport à l’écriture qui a évolué et levé les normes qui l’encadraient précédemment. « On écrit beaucoup plus qu’avant, mais de façon moins normée. Des conversations informelles qu’on avait auparavant au téléphone ou en face-à-face, on les a désormais par message, SMS ou mail. Eh oui, quand on va vite, on peut faire des erreurs, oublier des mots… ».

Perte des automatismes ou laxisme ?

Mère de deux adolescents scolarisés en 4e et première, Caroline Maitrot constate elle aussi au quotidien que la précipitation et l’habitude peuvent être sources d’erreurs : « Je ne réponds plus aux textos de mes enfants quand ils font des fautes. S’ils veulent une réponse, ils doivent recommencer. On se rend compte que quand les gens font l’effort, ils arrivent à éviter certaines fautes ».

Elle déplore surtout que l’orthographe ne soit plus évaluée constamment : « Mon fils peut avoir 17 en SVT alors que sa copie comporte une vingtaine de fautes, pareil en dissertation. Tant que l’orthographe n’est pas l’objet de l’évaluation, ce n’est pas sanctionné. On est trop laxiste. Comment les élèves peuvent-ils comprendre que c’est essential si on ne leur fait pas remarquer ? »

La dictée à l’honneur sur France 3 ce samedi

Pour la quatrième année consécutive et à quelques semaines du brevet des collèges, France Télévisions donne rendez-vous avec “Tous prêts pour la dictée !” ce samedi 21 mai à 16h15 sur les antennes régionales de France 3 et le Réseau des 1ère.

L’émission sera animée depuis le Manège de Reims par Maya Lauqué, entourée de members, collégiens comme seniors. D’autres members, de tout âge, suivront la dictée en direct grâce à deux duplex, à Cagnes-sur-Mer, depuis la maison de l’animateur de France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur Eric Charay et à Kourou, depuis la salle Jupiter du Centre spatial guyanais.

Le texte proposé cette année est un extrait du roman La Carte Postale d’Anne Berest, récompensé en 2021 par le Prix Renaudot des lycées. Il sera lu par le comédien et réalisateur Gilles Lellouche.

Au level que certains examinateurs départagent les candidats aux concours de l’enseignement supérieur sur la forme ? « Les correcteurs sont déçus de voir la langue française malmenée et y attachent de plus en plus d’significance », avertit Eric Cobast, professeur de lessons préparatoires, dans Le Figaro Étudiant.

« C’est quand même plus essential de faire consideration au fond, au contenu de ce que l’on dit et à la development », argue de son côté Anne Abeillé. « Parfois, il y a des phrases qui sont ambiguës ou on n’utilise pas le bon mot. Moi, je préférerais que l’on passe plus de temps sur ces features que sur des broutilles orthographiques, à savoir s’il y a un “h” ou un accent circonflexe. Cela me semble moins essentiel à la maîtrise de la langue. L’une des options pourrait être d’autoriser les correcteurs orthographiques en examen. En mathématiques au lycée, ils ont des calculatrices : on ne leur demande pas de faire tous les calculs dans leur tête. Si en français, ils y avaient accès, les élèves pourraient se concentrer sur le fond et le vocabulaire, et moins sur l’orthographe. »

Un conservatisme français

Si d’autres pays ont adopté plusieurs réformes orthographiques pour simplifier la graphie de leur langue, la linguiste rappelle que ce n’est plus le cas de la France depuis le début du XIXe siècle. « Il aurait dû y avoir une grande réforme en 1901 mais elle a été bloquée. La dernière réforme date de 1990 mais elle n’est pas vraiment appliquée, ni par les journaux ni par les éditeurs, et n’est que trop peu enseignée ».

On est dans un pays qui a un rapport un peu difficile à l’orthographe, un brin sadomasochiste : on a souffert pour apprendre toutes ces exceptions et donc on voudrait que les autres souffrent aussi.

Anne Abeillé, linguiste, codirectrice de La Grande Grammaire du français

Cette fameuse réforme, proposant entre autres la généralisation du “s” à la fin des mots composés, la simplification de certaines doubles consonnes et la fin de l’obligation de l’accent circonflexe sur le “u” et le “i”, avait pourtant fait une entrée fracassante dans les manuels scolaires à la rentrée 2016 avec les surprenants “ognon” et “nénufar”. Elle n’a finalement pas vraiment réussi à rentrer dans les usages.

« Pourquoi garde-t-on une orthographe si difficile qui ne correspond pas toujours à la prononciation ? On aurait intérêt à appliquer la réforme de 1990, ce serait un progrès mais on est obligé de constater qu’il y a beaucoup de résistance. C’est dommage automotive le temps consacré au français pourrait être concentré sur les questions de grammaire plutôt que sur ces archaïsmes. C’est dommage de passer autant de temps sur ces détails d’écriture au détriment de la richesse de development, des mots et du sens ».

Force est de constater que la be aware d’data du ministère de l’Éducation sur les performances en orthographe des élèves en fin d’école primaire, comparant les résultats de 1987, 2007 et 2015, souligne que c’est bien l’orthographe grammaticale – soit les règles d’accord entre le sujet et le verbe ainsi que les accords dans le groupe nominal ou les accords du participe passé – qui demeure la supply principale de difficultés pour les écoliers français.

Quant au classement Pisa (Programme worldwide pour le suivi des acquis des élèves) régulièrement utilisé pour pointer du doigt le niveau des écoliers français, il évalue les mathématiques, la tradition scientifique et la compréhension de l’écrit. Dans les trois disciplines, la France se classe légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE mais loin derrière les cinq pays les mieux classés (l’Estonie, le Canada, le Finlande, l’Irlande et la Corée du Sud). « Tout le temps qu’on passe aux pluriels en “x” par exemple, on ne le passe pas à la compréhension », conclut Anne Abeillé.



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